La mise en bouteilles est l’ultime phase avant la distribution du vin
vers le consommateur. De ce fait la préparation d’un vin à la “mise
en bouteilles” exige de réunir les conditions nécessaires pour mettre
en valeur son aspect visuel, assurer sa stabilité microbiologique et
physicochimique, sans nuire à ses qualités organoleptiques présentes
et à venir.
Les opérations à réaliser pour atteindre l’objectif d’une bonne stabilité
microbiologique dépendent, d’une part, de la connaissance de l’état
du vin au moment de cette préparation, c’est-à-dire de son histoire
et d’autre part, de l’avenir qui lui est réservé, même si cet aspect
est difficile à appréhender.
Quels germes pour quel risque d’altération ?
Les différents microorganismes du vin que sont les levures et les bactéries
peuvent provoquer, en cuve, mais également en bouteille, des altérations
chimiques et gustatives irréversibles.
Les levures de la fermentation alcoolique peuvent fermenter en bouteille
quelques grammes de sucres résiduels en produisant du gaz carbonique
et un dépôt. Les levures du type Brettanomyces, ont la particularité
de produire des éthyl-phénols qui ont une odeur de cuir, de sueur de
cheval et plus particulièrement d’encre et de gouache sur les vins de
grenache.
Les bactéries acétiques peuvent produire, par oxydation de l’éthanol,
de l’acide acétique et augmenter dangereusement la teneur en acidité
volatile. Les bactéries lactiques peuvent dégrader de faibles quantités
de sucre et provoquer une piqûre lactique, mais elles sont aussi susceptibles
de dégrader de nombreux autres composés du vin que sont l’acide tartrique
(maladie de la tourne), le glycérol (maladie de l’amertume), l’acide
succinique ou même provoquer la maladie de la graisse. La connaissance
de ces différents germes et leur potentiel de développement permet de
mieux appréhender les risques. Une adaptation des pratiques oenologiques
très tôt, dès la vinification, facilitera ensuite la préparation des
vins.
Maîtriser les populations dès la vinification !
Les premières opérations oenologiques effectuées dès la réception de
la vendange ont une influence sur la population microbienne future.
Le tri de la vendange est capital car une vendange altérée entraîne
un fort accroissement de la population en levures oxydatives et en bactéries
acétiques. De plus, le Botrytis cinerea permet une accumulation dans
le moût d’acide cétonique (par dégradation des sucres) qui est un fort
combinant du SO2. Ensuite, un sulfitage à des doses appropriées permet
une action sélective (fongicide et bactéricide) sur la population microbienne.
Plus tard, à la fin de la fermentation alcoolique, un achèvement total
des sucres élimine des substances nécessaires au métabolisme des microorganismes.
De même, la recherche et l’achèvement de la fermentation malolactique
limitent le développement des bactéries lactiques. Ces différents points
concernant l’élaboration du vin ont une réelle importance sur la population
microbienne résiduelle (quantitative et qualitative), même si les risques
de contamination post fermentaires sont importants.
Au moment de la préparation des vins, une succession d’opérations est
possible afin de réduire la population microbienne.
Le SO2 : additif incontournable ?
Le sulfitage effectué dès la fin de la fermentation malolactique a pour
but d’éliminer, entre autres, les microorganismes, même si des études
démontrent qu’en réalité, des populations subsistent, notamment les
bactéries lactiques. Son efficacité est directement liée à la dose de
SO2 moléculaire (qui dépend de la dose de SO2 libre et du pH) et de
la richesse du vin en tanins.
En conservation, le maintien d’une dose de SO2 libre suffisante limite
le développement de la charge microbienne. Il faut également noter,
que l’accumulation du SO2 total devient bactériostatique, mais reste
sans grand effet sur les levures et leur multiplication accidentelle.
Le niveau de SO2 recherché lors de l’embouteillage doit être obtenu
par un ré-ajustage progressif afin d’effectuer une mise avec une dose
stabilisée et contrôlée.
Les soutirages : un intérêt retrouvé !
Le soutirage est une pratique qui consiste à séparer le vin de ses lies
et dépôts, il est souvent mis en oeuvre avant le sulfitage. Concrètement,
son efficacité pour éliminer la charge microbienne est de l’ordre de
102 levures et 102 bactéries. Cependant, le soutirage génère une oxygénation
qui, selon le type de microorganismes (bactéries acétiques), peut avoir
des effets opposés.
La pratique d’un ou deux soutirages lors de la préparation à la mise
peut, à elle seule, entraîner un réel appauvrissement du milieu en population
microbienne résiduelle.
Le collage : une efficacité réelle !
Le collage a pour but initial de stabiliser le vin d’un point de vue
physico-chimique. Cependant cette pratique, si elle est effectuée dans
de bonnes conditions (doses appropriées, temps de sédimentation suffisant,
soutirage bien effectué), peut apporter de meilleurs résultats que d’autres
traitements physiques, notamment vis-à-vis de la population bactérienne.
Un collage peut entraîner une chute de 102 à 103 de la charge microbienne.
Attention à la présence excessive de CO2 qui peut gêner fortement la
sédimentation et générer une perte d’efficacité du traitement.
La filtration des vins à l’embouteillage est importante si on souhaite
présenter au consommateur des vins d’une bonne limpidité et limiter
les risques de déviations organoleptiques causées par un développement
microbien.
Les levures et les bactéries du vin peuvent être à l’origine d’altérations
chimiques et gustatives.
La filtration : un choix important de techniques
La filtration sur terre, également appelée
filtration par alluvionnage, est une pratique principalement utilisée
en filtration de clarification. Elle donne des résultats très variables
en fonction des terres utilisées.
La filtration sur plaques de cellulose
reste le type de filtration le plus utilisé au moment de l’embouteillage,
certainement du fait de la diversité du choix des niveaux de filtration
et de son adaptation aux situations de terrain.
La filtration sur membranes ou sur cartouches
est en général la dernière avant la mise en bouteilles. Les membranes
ou les cartouches s’utilisent souvent en série avec des porosités décroissantes,
en finissant par une filtration serrée ou même stérile.
Si la filtration doit être stérile, elle doit être effectuée au plus
prêt de la mise en bouteilles afin de limiter les risques de recontamination
microbienne. La préparation d’un vin en vue de la mise en bouteilles
est donc un acte essentiel dans la vie du vin car elle influencera directement
la qualité de l’embouteillage et du vin embouteillé.
Pour que cette opération soit effectuée dans de bonnes conditions, les
objectifs notamment microbiologiques doivent être fixés longtemps à
l’avance, afin de réaliser un appauvrissement en germes régulier. Bien
entendu, l’hygiène du matériel vinaire doit être le fil conducteur de
toutes ces pratiques afin d’éviter d’éventuelles contaminations.
Ces différentes opérations effectuées au cours de la préparation des
vins en vue de la mise en bouteilles, ont été décrites dans un souci
d’effectuer un embouteillage microbiologiquement stable. Cependant,
il faut noter que tous les vins ne présentent pas les mêmes risques
de développement microbien, de ce fait le process de mise en bouteilles
doit être géré dans sa globalité, d’après des objectifs microbiologiques
précis.